Tramadol : l'antalgique opioïde le plus consommé n'est pas sans risques

La prise de tramadol a augmenté de 68% en France en 10 ans, selon un rapport de l'Agence nationale du médicament, faisant de lui l'antalgique opioïde le plus consommé dans notre pays, juste devant la codéine. Si son intérêt antidouleur est majeur, ses effets secondaires peuvent l'être aussi.

Tramadol : l'antalgique opioïde le plus consommé n'est pas sans risques
© Antonio Guillem-123RF

D'après les données de l'Assurance maladie, près de 10 millions de Français reçoivent une prescription d’opioïdes chaque année. Entre 2006 et 2017, elles ont augmenté d'environ 150%. Celle du tramadol*, l'antalgique le plus prescrit depuis 2017, a bondi de 68% au cours de la même période (surtout en ville) indique un rapport de l'Agence nationale du médicament (ANSM) publié en février 2019. Mis au point dans les années 1970, ce médicament a détrôné la codéine après le retrait du dextropropoxyphène (Di-Antalvic) en 2011.

Le tramadol en chiffres

Les motifs de prise du tramadol sont dans l'ordre : soulager les douleurs, les céphalées et la dépendance aux opioïdes. Selon l'Observatoire français des médicaments antalgiques, le tramadol est pris par 46% d'hommes et 54% de femmes. L'âge moyen des patients est de 53 ans. Le nombre de personnes prenant du tramadol pendant plus de 2 ans a doublé depuis 2013 (38% en 2013, 50% en 2014 et 2015, 77% en 2016). En 2016, dans 49% des cas (pour lesquels l'information est connue), la quantité consommée est supérieure à celle recommandée dans l'autorisation de mise sur le marché ce qui augmente directement le risque de dépendance. 

Les principaux antalgiques opioïdes consommés en France en 2017 (pour 1000 habitants par jour à la dose définie journalière)

© ANSM

Les effets secondaires du tramadol

La prise d’opioïdes antalgiques dont celle de tramadol est associée à plusieurs effets secondaires :

  • constipation, somnolence (il s'agit d'un antalgique de niveau 2 donc prudence au volant !), nausée, vomissements, maux de tête, confusion, sécheresse buccale.
  • en cas de surdosage : dépression du système nerveux central (somnolence, coma), dépression respiratoire avec diminution de la fréquence respiratoire et contraction de la pupille. Le surdosage peut entraîner le décès. Plus encore quand la personne prend également de l'alcool, des médicaments sédatifs, des antidépresseurs ou encore des anti-hypertenseurs.
  • risque d'abus du médicament et de dépendance.
  • risque hépatique lors de la prise de tramadol+paracétamol en plus de paracétamol seul.

Part des principaux antalgiques opioïdes dans les décès directs en France

© ANSM
 

Intoxication, décès : un médicament mal utilisé

Si les opioïdes sont moins consommés que les antalgiques non-opioïdes (paracétamol, aspirine, AINS) et ont "un intérêt majeur et incontestable dans la prise en charge de la douleur" , leur mésusage augmente. Avec à la clé davantage d'intoxications et de décès. "Le nombre d'hospitalisations liées à la consommation d'antalgiques opioïdes obtenus sur prescription médicale a augmenté de 167 % entre 2000 et 2017 passant de 15 à 40 hospitalisations pour un million d'habitants", précise le rapport de l'ANSM. Le nombre de décès liés à la consommation d'opioïdes a augmenté de 146%, entre 2000 et 2015, avec au moins 4 décès par semaine. "Cette problématique touche principalement des patients qui consomment un antalgique opioïde pour soulager une douleur, et qui développent une dépendance primaire à leur traitement, et parfois le détournent de son indication initiale" constate l'ANSM. Les femmes sont majoritairement concernées. Et le tramadol est le premier antalgique opioïde rapporté dans les notifications d'usage problématique du réseau d'addictovigilance, le premier également impliqué dans les décès d'une enquête menée sur les décès toxiques par antalgiques.

Le tramadol chez l'enfant : respecter les doses

Le tramadol peut être prescrit à l'enfant à partir de 3 ans, avec une posologie fixée en fonction du poids. Il se présente actuellement sous forme buvable en flacon compte-gouttes (100mg/ml), mais l'ANSM a demandé au laboratoire fabricant de revoir cette formulation pour qu'elle soit moins concentrée et de proposer une pipette en mg pour éviter les erreurs médicamenteuses qui ont déjà été rapportées. Il peut aussi être prescrit à partir de 12 ou 15 ans sous forme orale. La forme injectable du tramadol est contre-indiquée avant 15 ans.

Pour éviter toutes erreurs médicamenteuses, les autorités rappellent aux parents :

  • de respecter la prescription du médecin,
  • de demander un avis médical en cas de doute sur la prescription ou le fonctionnement du flacon-goutte,
  • de maintenir le médicament hors de portée et de vue des enfants,
  • de consulter immédiatement un médecin ou service d'urgence en cas d'apparition de signes de surdosage : vomissements, troubles de la conscience, difficultés respiratoires...

Au vu de l'augmentation des prises d’opioïdes antalgiques en France et des complications pouvant être très graves, les autorités sanitaires mènent des actions visant à contrôler l'encadrement de ces médicaments en termes de conditions de prescription et de délivrance, d'interdiction de publicité auprès du grand public, d'informations à destination des professionnels de santé.  Elles surveillent attentivement leur consommation et les risques associés.

*En France, le tramadol est commercialisé seul dans les spécialités Topalgic©, Tramadol Lavoisier©, Contramal© et génériques. En association avec le paracétamol dans Ixprim©, Zaldiar© et génériques. Et avec le dexkétoprofène dans Skudexum©.

Tramadol : l'antalgique opioïde le plus consommé n'est pas sans risques
Tramadol : l'antalgique opioïde le plus consommé n'est pas sans risques

D'après les données de l'Assurance maladie, près de 10 millions de Français reçoivent une prescription d’opioïdes chaque année. Entre 2006 et 2017, elles ont augmenté d'environ 150%. Celle du tramadol*, l'antalgique le plus prescrit...