Donner ses ovocytes : pourquoi ? comment ?

En France, le don d'ovocytes est anonyme, gratuit et ouvert à toutes les femmes de 18 à 37 ans. Un geste fort qui permet de donner l'espoir à des couples infertiles de devenir parents.

Donner ses ovocytes : pourquoi ? comment ?
©  Javier Sanchez Mingorance - 123 RF

En France, le don d'ovocytes, comme tous les autres dons du corps humain, est encadré par la loi de bioéthique. Il est soumis à trois grands principes : volontariat (la donneuse d'ovocytes ne doit subir aucune pression et signe un formulaire de consentement), gratuité (aucune rémunération n'est perçue en contrepartie du don), anonymat (aucune filiation ne peut être établie entre le ou les enfants issus du don et la donneuse d'ovocytes). 

Donner, pour qui ? 

Les ovocytes sont donnés à des couples qui ne peuvent pas avoir d'enfant, soit parce que la femme n'a pas naturellement suffisamment d'ovocytes, soit parce qu'elle a subi un traitement qui les a détruit, soit parce qu'ils présentent des anomalies. Ils peuvent également être destinés à des couples risquant de transmettre une maladie génétique grave à l'enfant. Dans tous les cas, le couple receveur doit être en âge de procréer. Au total en 2016, près de 1200 enfants sont nés à l'issue d'une assistance médicale à la procréation avec tiers donneur (don d'ovocytes ou don de spermatozoïdes).

Quelles sont les conditions pour devenir donneuse d'ovocytes ?

Aujourd'hui, toutes les femmes, entre 18 et 37 ans, peuvent effectuer cette démarche altruiste, même celles qui n'ont pas encore d'enfants. Mais aussi, les personnes seules, séparées ou divorcées. Autre condition : être en bonne santé. Raison pour laquelle, les candidates au don doivent impérativement passer une batterie d'examens (prise de sang, échographie ovarienne…) et de rendez-vous médicaux (anesthésiste, généticien, etc.) pour vérifier qu'elles sont "aptes" à donner.  "L'objectif du bilan médical est double : on doit vérifier que le don ne va pas augmenter les risques pour la santé de la donneuse, et que celle-ci ne risque pas de transmettre une pathologie", explique au Journal des Femmes le Dr Françoise Merlet, médecin à l'Agence de la biomédecine. Les femmes nullipares (qui n'ont pas d'enfants) doivent aussi passer un entretien psychologique obligatoire. "Il vise à examiner les motivations de la jeune femme et à s'assurer qu'elle n'a pas été influencée par un couple infertile de son entourage", poursuit le médecin.

Quelles sont les étapes du don d'ovocytes ?

Lorsque tous les voyants sont au vert, la stimulation ovarienne peut commencer. L'objectif ? Aboutir à la maturation de plusieurs ovocytes. Elle est souvent précédée d'une ou plusieurs injections visant à mettre les ovaires au repos. Ensuite, pendant 10 à 12 jours, la donneuse doit effectuer des injections sous-cutanées quotidiennes d'hormones stimulant les ovaires, qui permettront d'aboutir à la maturation de plusieurs ovocytes. Elle peut le faire seule ou avec l'aide d'un proche ou d'une infirmière. Pendant la stimulation, 3 à 4 prises de sang et/ou échographies ovariennes sont programmées pour adapter le traitement à la réponse ovarienne. 

Cette étape, bien que contraignante, est rapide (10 à 12 jours) et tout est fait pour limiter les contraintes des donneuses (tous les frais sont pris en charge à 100%). En outre, même si les piqûres peuvent rebuter, ça ne fait pas mal et les traitements hormonaux sont généralement bien supportés. Le plus désagréable, ce sont les effets des injections sur le corps : quelques douleurs dans le ventre, mais surtout cette impression de lourdeur et d'encombrement  liée au gonflement des ovaires.

Dernière étape du don : le prélèvement d'ovocytes. Il se déroule en une journée à l'hôpital, 35 à 36 heures après la dernière injection. Les ovocytes sont prélevés sous échographie par voie vaginale, avec une analgésie simple, une anesthésie locorégionale ou une anesthésie générale de courte durée. Le prélèvement des ovocytes dure 10 minutes suivi d'une surveillance et d'un repos d'environ 3 heures. Il est possible de quitter l'hôpital à la fin de la journée, à condition d'être accompagnée. Et après ? Les ovocytes congelés sont conservés en laboratoire jusqu'à leur attribution à un ou plusieurs couples receveurs, que la donneuse ne connaîtra pas, en vue d'une assistance médicale à la procréation (fécondation in vitro).

Dans quels cas peut-on conserver des ovocytes pour soi ?

L’auto-conservation des ovocytes est proposée aux donneuses n'ayant pas procréé, à condition que le nombre d'ovocytes matures obtenu soit suffisant. "Il s'agit d'une mesure de précaution dans le cas où la fertilité de la donneuse serait ultérieurement compromise et qu'elle aurait besoin de recourir à l'assistance médicale à la procréation (AMP), précise l'Agence de la biomédecine. Dans ce cadre, la donneuse dispose ainsi de la possibilité d'utiliser, pour elle-même, ses ovocytes congelés. Conformément à la loi, la priorité reste le don et la lutte contre le manque d'ovocytes en particulier."

L'après-don : des conséquences pour la santé ? 

L'idée selon laquelle les traitements pourraient à long terme avoir des conséquences sur la fertilité est fausse. Ils ne diminuent ni les chances de grossesse ultérieure, ni n'avancent l'âge de la ménopause. Quant aux effets indésirables, ils sont généralement sans gravité (légers saignements, douleurs, sensation de pesanteur, etc.) et surviennent dans les jours qui suivent le prélèvement. En cas d'interrogations, l'équipe médicale peut être contactée. 

L'Agence de la biomédecine, en lien avec les centres de dons, lance une nouvelle campagne nationale du 3 au 18 novembre 2018 pour informer le grand public et recruter de nouveaux donneurs. En France, le nombre de donneurs et de donneuses a progressé régulièrement ces dernières années. La tendance s'est accentuée en 2016 avec 38% de donneuses et 42% de donneurs en plus par rapport à 2015. Si ces chiffres marquent une évolution encourageante, ils ne suffisent pas à répondre aux besoins des couples infertiles en attente d'un don. En 2016, plus de 3 000 couples se sont inscrits dans un centre pour entamer une démarche d'AMP avec recours à un don de gamètes. Leur prise en charge totale suppose 1400 dons d'ovocytes et 300 dons de spermatozoïdes chaque année, tout en diversifiant les origines géographiques des donneurs et des donneuses. Or, en 2016, 746 femmes ont donné des ovocytes et 363 hommes ont donné des spermatozoïdes. (Source : Agence de la Biomédecine).

Plus d'infos

  • Donovocyte.fr : ce site web créé par l'Agence de la biomédecine propose des conseils, témoignages et vidéos pédagogiques pour tout savoir sur le don d'ovocytes (pourquoi faire un don ? comment faire ? ce que dit la loi, etc.).
  • Annuaire des centres spécialisés : avant de commencer un don, la première étape est de contacter un centre spécialisé (Cecos). Il en existe une vingtaine en France, répartis dans les principales grandes villes.

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