Avec l'automne qui s'installe, la nuit qui tombe plus tôt et le retour de la pluie, la déprime saisonnière menace. Ce qui ressemble à un simple coup de mou passager peut alors cacher les prémices d'un mal-être plus profond. Certaines personnes se révèlent d'ailleurs plus vulnérables que d'autres. "Les signes d'humeur dépressive, de pré-dépression ou de dépression, s'observe tout particulièrement vers la quarantaine et la cinquantaine", nous explique le Pr Christine Passerieux, professeur émérite de psychiatrie. Il est donc indispensable de repérer les signaux d'alerte pour ne pas laisser la situation se dégrader.

En réalité, "il n'y a pas qu'un signe" indiquant que la santé mentale se dégrade. "Il y a tout un ensemble de petits signes qui peuvent être d'une grande diversité", poursuit le Pr Passerieux. Souvent discrets, banals et progressifs, ces symptômes s'installent insidieusement, si bien que l'on a tendance à ne pas y prêter attention. "Et le piège, c'est qu'il y a toujours un contexte qui fait qu'on se l'explique." On attribue son surmenage, son irritabilité ou ses coups de fatigue au rythme de travail, aux soucis familiaux ou à la météo, sans réaliser que ces ressentis dépassent le simple stress quotidien et deviennent difficiles à gérer.

On peut regrouper ces manifestations en quatre grands domaines. "Le premier c'est l'humeur : ça peut être la tristesse ou d'autres manifestations émotionnelles, l'irritabilité, une humeur qui varie trop, le fait de ne plus trouver le même plaisir que d'habitude." Vient ensuite la catégorie de la cognition, c'est-à-dire de la façon de penser : "La pensée devient plus pessimiste, peut tourner en rond, on peut avoir des pensées négatives sur soi-même avec une moins bonne estime de soi, une tendance à se remettre en question, à se sentir coupable." Cette perte de confiance en soi peut entraîner une vision négative des autres, voire s'accompagner d'un sentiment de persécution. La troisième catégorie concerne la perte d'énergie : fatigue, difficulté de concentration, ou encore oublis inhabituels. Enfin la dernière catégorie regroupe les régulations corporelles : difficultés de sommeil, modification de l'appétit et "éventuellement des douleurs inhabituelles et inexpliquées", termine notre experte.

Si la santé mentale décline, plusieurs de ces signes se manifesteront simultanément sur une durée conséquente : "Quinze jours, puis trois semaines, puis un mois" sans que cela ne passe, ou pire, en s'accentuant. Ces symptômes engendrent également une incapacité à fonctionner normalement au quotidien. À noter que ce mal-être affecte différemment les femmes et les hommes. L'expression directe et somatique des émotions est une manifestation "plus typiquement féminine". À l'inverse, "les hommes mentalisent moins, il sont moins attentifs à ce qu'ils ressentent corporellement". La souffrance masculine s'exprime ainsi de façon plus comportementale, à travers une reprise du tabac, une hausse de la consommation d'alcool ou une irritabilité accrue.

La bonne nouvelle, c'est qu'une baisse de régime n'évolue pas systématiquement vers une dépression majeure. "Cela peut être finalement transitoire ou rester à intensité modérée", rassure la spécialiste. Toutefois, pour remonter la pente, il convient de ne pas rester seul, de se confier à ses proches, de se changer les idées et de privilégier des activités agréables, comme le contact avec la nature ou la pratique d'un sport. Enfin, lorsque ces stratégies personnelles ne suffisent plus et que la souffrance persiste, il devient essentiel de solliciter un professionnel de santé, qu'il s'agisse de son médecin généraliste ou d'un psychologue.