Une souche de champignon hautement résistante aux traitements classiques connaît une forte progression à travers le monde, selon une étude internationale publiée en septembre 2026, dans la revue Emerging Infectious Diseases. Les identifications de ce champignon par les laboratoires ont triplé entre 2022 et 2025. Au total, le champignon a été identifié dans 29 pays, notamment en Europe. Les chercheurs appellent à renforcer la surveillance.

La France figure parmi les zones touchées : des cas y ont été pris en charge dans plusieurs hôpitaux parisiens. Des publications françaises documentent à la fois des cas importés et des infections probablement acquises localement, y compris chez des personnes sans voyage récent dans une région où le champignon est très répandu. En 2024, quatre infections diagnostiquées à Paris ont notamment été considérées comme probablement acquises en Europe lors de contacts sexuels. Le champignon peut se transmettre par contact étroit de peau à peau, notamment lors de rapports sexuels. Le partage de serviettes ou linge de lit souillés ou le contact avec des objets ou surfaces contaminés constituent également des facteurs de risque de propagation.

Ce champignon s'appelle "Trichophyton indotineae" et peut provoquer des formes sévères et étendues de teigne, une infection de la peau, des poils ou des cheveux. Selon les travaux relayés par la revue des CDC américains, les manifestations cliniques sont principalement cutanées mais gênantes. Les patients peuvent développer de grandes plaques rouges, squameuses et très inflammatoires, accompagnées de démangeaisons intenses. Les lésions ne présentent cependant pas toujours l'anneau caractéristique de la teigne et peuvent parfois ressembler à d'autres maladies de peau. Ces lésions très étendues se localisent sur le tronc, les cuisses, l'aine ou le visage.

Photo de teigne provoquée par une infection à Trichophyton indotinaeae (aine gauche) © CDC - Emerging infectious diseases

Contrairement aux dermatophytes classiques, Trichophyton indotineae se distingue par une résistance marquée aux antifongiques de première intention, notamment à la terbinafine. De nombreuses souches sont résistantes à ce médicament, mais cette résistance n'est pas systématique. Faut-il pour autant paniquer ? Si les infectiologues appellent à renforcer rapidement les capacités de diagnostic dans les laboratoires, ils rappellent que chez l'immense majorité des patients, l'infection reste superficielle et ne met pas en jeu le pronostic vital. Le problème tient surtout à son étendue, à sa contagiosité et à sa difficulté de traitement.

Face à ce défi thérapeutique, la prévention et le diagnostic précoce restent essentiels. En cas de lésions cutanées rouges, étendues ou qui ne s'améliorent pas avec les pommades antifongiques classiques, il est vivement conseillé de consulter un dermatologue. La prise en charge nécessite une identification précise en laboratoire (notamment par spectrométrie de masse) afin d'adapter le traitement. Des antifongiques oraux, notamment l'itraconazole lorsque la terbinafine échoue, peuvent être prescrits pendant une durée prolongée. Des échecs thérapeutiques et des rechutes restent toutefois possibles.