Vous avez du mal à vous remettre dans le bain après les congés ? Ce n'est pas forcément un simple manque de volonté ou un paresseux "blues du retour". Ce symptôme peut révéler un décalage biologique bien réel qui touche nos rythmes internes. Pendant plusieurs semaines de vacances et repos, le cortisol, l'hormone du stress, était au plus bas, laissant place à la dopamine et à l'ocytocine, les hormones du plaisir et du lien à l'autre.

Au retour, le corps doit se recaler, reprendre ses cycles. Une désynchronisation des rythmes circadiens qui régulent notre sommeil, notre humeur et notre appétit peut entraîner fatigue, troubles du sommeil et baisse de moral. "C'est comme une histoire de jet lag", résume Anne-Gaël Florand que l'on a interrogé. Ce que l'on appelle communément le "blues du retour" n'est pas reconnu scientifiquement comme tel, mais cet ajustement biologique, lui, est bien réel et physiologique.

Le phénomène touche tout le monde, mais pas de la même façon. L'amplitude du blues dépend surtout d'un facteur : à quel point la déconnexion a vraiment été réelle pendant les vacances. Désactiver les notifications professionnelles, couper l'accès aux mails, ne pas consulter ses messages en permanence ; c'est là que se joue la vraie coupure. La personnalité entre aussi en compte. Les profils anxieux ou perfectionnistes auront tendance à anticiper le retour dès les derniers jours de vacances. Et si chaque mois de septembre vous semble particulièrement difficile, c'est peut-être la mémoire du corps qui rejoue une expérience passée difficile liée à cette période.

Pour amortir le choc, Anne-Gaël Florand conseille d'anticiper comme on le fait pour les enfants avant la rentrée scolaire : les recoucher progressivement pour qu'ils reprennent le rythme. "Mais nous, on ne le fait pas pour nous", observe-t-elle. L'idée : se lever à l'heure du boulot quelques jours avant de reprendre, préparer ses courses, réintroduire un peu de structure. Pour éviter de passer, selon ses mots, "du rythme choisi au rythme subi".

La différence se joue surtout sur la durée. Ce petit blues dure en général une semaine à 10 jours, 2 semaines maximum. Si au-delà de 3 semaines, l'état ne s'améliore pas (sommeil perturbé, appétit coupé, boule au ventre, sauts d'humeur) ce n'est plus du simple blues du retour. "C'est peut-être un début de burn-out qui avait été mis entre parenthèses pendant les vacances et qui se réactive", prévient la praticienne. Pour les femmes, le cycle hormonal peut aussi amplifier une baisse de moral à cette période.

Pour ceux qui travaillent pendant que leurs collègues bronzent, Anne-Gaël Florand y voit une opportunité à saisir plutôt qu'une punition à subir : "transformer ce calme en ressources". C'est le moment idéal pour avancer sur les dossiers qui demandent de la concentration, classer les mails accumulés, mener une réflexion de fond. Et profiter du calme pour déjeuner avec les rares collègues présents, s'accorder quelques minutes de marche ou de respiration consciente entre deux tâches.

Elle suggère aussi des idées simples pour animer le bureau : un panneau de remerciements collectifs, un mur "raconte-moi tes vacances en deux mots", une boîte à livres partagée. "Ça paraît simple, mais ça permet de faire prolonger le bien-être des vacances dans le bureau." Et si la solitude pèse vraiment, si le sentiment d'injustice d'avoir travaillé pendant les autres est douloureux ; c'est un signal à ne pas ignorer non plus. Dans ce cas, plutôt que de ruminer, la praticienne conseille d'agir : proposer une solution concrète pour les prochaines vacances, être proactif plutôt que de subir.

Bonne nouvelle pour finir : l'automne qui arrive est un allié naturel. "L'automne est une invitation à ce repos, comme les vacances", dit Anne-Gaël Florand. Le ralentissement progressif des jours, la lumière qui change, invitent naturellement à la slow life et à prendre soin de soi. La prolongation des vacances, en somme, qui se diffuse doucement dans les semaines qui suivent. Pas de quoi s'en affliger, bien au contraire. Dans tous les cas, une fatigue intense ou des symptômes qui persistent ne doivent jamais être négligés. "Si les symptômes persistent, consulter son médecin traitant est la première étape", recommande la spécialiste.