Pilule et baisse de libido : une simple idée reçue ?

Certaines femmes, sous pilule contraceptive, se plaignent d'une baisse de désir sexuel ou encore, de sécheresse vaginale... Mythe ou réalité ? Le Dr Thierry Harvey, gynécologue, nous répond.

Pilule et baisse de libido : une simple idée reçue ?
© Katarzyna Białasiewicz - 123RF

Troubles du désir, douleurs lors de la pénétration, sécheresse intime, baisse de lubrification, perte de plaisir... La pilule peut-elle vraiment nuire à la libido ? Conseils et explications du Dr Thierry Harvey, gynécologue et chef de la maternité des Diaconesses, à Paris. 

Oui, la pilule impacte la sexualité

L'impact sur la sexualité est variable selon les femmes.

"C'est scientifique, assure le Dr Thierry Harvey. La pilule contient des hormones, en plus ou moins grandes quantités, qui vont agir sur le métabolisme d'un acide aminé appelé le tryptophane. Or celui-ci est à l'origine de la synthèse de la sérotonine et de la dopamine. Ces deux hormones sont des messagers chimiques du système nerveux qui agissent, entre autre, sur les comportements sexuels. "Leur sécrétion favorise ainsi la désinhibition de l'activité sexuelle. Verdict : on est plus enclin à faire l'amour. Pour résumer, ces hormones du plaisir sont les baromètres de nos états d'âme : si leur taux dans le cerveau est élevé, nous sommes de bonne humeur et disposés à prendre du plaisir, si leur taux est bas, nous sommes un peu plus déprimés." Par ailleurs, "les hormones contenues dans la pilule ou autre contraceptif hormonal font grimper le taux de SHBG (sex hormone binding globuline), une protéine capable de rendre inactive la testostérone (hormone sexuelle fabriquée par les ovaires chez la femme). Et cette baisse de testostérone active peut également jouer dans la réceptivité sexuelle", explique-t-il.

Mais le problème ne vient pas seulement de la pilule. Tous les contraceptifs hormonaux, qu'il s'agisse du DIU hormonal, de l'implant, du patch contraceptif ou de l'anneau vaginal, diffusent des hormones dans le corps et ces dernières peuvent influer sur le plaisir ou le désir sexuel. "Toutefois, l'impact sur la sexualité est variable selon les couples", rassure le Dr Harvey. "Certaines femmes, sous pilule ne ressentent aucune baisse de libido et au contraire, ont plus de sensations et atteignent plus facilement l'orgasme en étant sous contraception hormonale. Chaque femme est différente".

Sécheresse vaginale, les hormones en cause ?

"La femme a plus de plaisir sexuel au moment où elle est le plus féconde. Or, il n'y a plus d'ovulation sous certaines pilules."

Les hormones contenues dans les contraceptifs hormonaux peuvent agir sur la lubrification et entraîner des douleurs pendant les rapports, une sensation de brûlure ou de picotement. Par exemple, l’œstrogène ou la progestérone (désogestrel) bloquent l'ovulation. Or, comme pour la plupart des mammifères, c'est pendant l'ovulation que la femme sécrète le plus de phéromones, un mélange de substances jouant un rôle dans la sexualité. "L'arrêt de l'ovulation peut alors entraîner une diminution de la libido, et si le désir sexuel est atténué, la lubrification vaginale - qui est lié à l'appétit sexuel - l'est également", explique le Dr Harvey. "On en discute ensemble et on envisage, soit le recours à un lubrifiant (cela peut suffire à retrouver des rapports sexuels épanouissants), soit le recours à une autre contraception". Par ailleurs, la baisse d’œstrogènes peut favoriser la sécheresse intime : les femmes sous pilules faiblement dosées en œstrogènes peuvent ainsi avoir les muqueuses plus sèches. "Il ne faut surtout pas hésiter à demander conseil à son gynécologue", préconise le spécialiste. Enfin, la sécheresse intime peut aussi être causée par une infection asséchant la paroi vaginale et provocant une mauvaise lubrification du vagin. Des visites régulières chez le gynécologue permettent de détecter des éventuelles infections, afin de pouvoir rapidement les soigner. 

Envisager une autre contraception

A partir du moment où elle remarque une différence dans son désir sexuel, en étant sous contraceptif, la femme est invitée à en parler à son médecin ou à son gynécologue : 

  • D'abord, le professionnel de santé interroge la patiente sur son couple, sa vie sexuelle, son moral... afin de déceler s'il n'y a pas derrière, un problème plutôt d'ordre psychologique. La fatigue, le stress, les soucis du quotidien... sont autant de facteurs qui peuvent expliquer une baisse de libido.
  • Après avoir discuté avec elle et s'il s'avère que la contraception est en cause, on peut lui proposer de changer de pilule (pilule moins dosée, pilule sans progestérone, pilule au lévonorgestrel qui ne bloquent pas l'ovulation...), voire de l'orienter vers une méthode non hormonale (DIU au cuivre, diaphragme, cape...).

"Ecouter la patiente, la rassurer, lui conseiller d'en parler à son partenaire afin qu'il ne culpabilise pas ou encore, lui apporter une alternative ont déjà un effet positif la plupart du temps. En général, lors de la prochaine consultation, on remarque qu'elle est déjà plus optimiste sur sa vie sexuelle. L'échange et la discussion ont un fort effet placebo", conclut le gynécologue. 

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