Congeler ses ovocytes : comment ? Pour qui ? Pourquoi ?

L'autoconservation ou la vitrification des ovocytes est une technique médicale qui n'assure pas une garantie de grossesse à 100%. Focus sur cette pratique qui reste limitée en France et explications du Dr Françoise Merlet, médecin à l'Agence de la biomédecine.

Congeler ses ovocytes : comment ? Pour qui ? Pourquoi ?
© Andrei Aleshyn - 123RF

[Mis à jour le 22/11/18] Et si congeler ses ovocytes pour les utiliser plus tard devenait un droit ouvert à toutes ? C'est en tout cas une question qui suscite un vif débat en France depuis plusieurs années. Et pour cause : contrairement à certains pays européens (Espagne, Belgique, Grande-Bretagne, Italie...), l'autoconservation ovocytaire reste limitée en France. Le dimanche 21 octobre, Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, s'est exprimée dans le Grand Jury LCI-RTL-Le Figaro au sujet de la congélation des ovocytes. Se montrant plutôt "favorable à ce qui ouvre et donne plus de liberté", elle souhaiterait toutefois "qu'il y ait des garde-fous pour que toutes les femmes à l'âge de 30 ans en France ne décident pas de congeler leurs ovocytes pour faire des enfants à 40 ans, mais s'inscrivent bien dans des grossesses plus précoces". La question de congeler ses ovocytes "par confort" a également été évoquée. Pour le moment, ce n'est pas autorisé en France, mais en septembre dernier, le Comité d'éthique s'est finalement déclaré favorable à cette nouvelle option pour la future loi de bioéthique, qui devrait être débattue au Parlement début 2019.

En quoi ça consiste ? 

"La congélation ovocytaire est une technique permettant de préserver la fertilité, elle se fait par vitrification [congélation ultrarapide qui, après incubation dans une solution cryoprotectrice consiste à plonger les ovocytes directement dans l'azote liquide à - 196°C] et est autorisée en France selon la loi relative à la bioéthique de 2011, sous certaines conditions", précise d'emblée le Dr Françoise Merlet, médecin référent AMP à l'Agence de la biomédecine. En congelant ses ovocytes, la femme peut suspendre son horloge biologique : la capacité de procréation avec les ovocytes congelés sera (quasiment) la même qu'avec des ovocytes non congelés. S'il n'y pas de limite d'âge à proprement parler, il est conseillé de le faire avant 35 ans car la réserve ovarienne et la qualité de l'ovocyte diminuent avec l'âge. En effet, "les chances de grossesse dépendent essentiellement de l'âge auquel les ovocytes ont été recueillis, au mieux avant 35 ans", préconise l'Académie nationale de Médecine dans un rapport de 2017.

Autoconservation d'ovocytes : quel est le cadre légal ?

"D'après la loi en vigueur, la vitrification des ovocytes doit impérativement répondre à un problème médical, à une situation pathologique ou, par mesure de précaution, lorsqu'une femme nullipare (qui n'a jamais eu d'enfant) fait un don d'ovocytes", explique le Dr Merlet. Si en Espagne, en Italie, en Grande-Bretagne, en Belgique ou au Canada par exemple, l'autoconservation ovocytaire est autorisée pour des "raisons personnelles ou de convenance", en France, elle ne peut se faire que dans le cadre : 

  • de la préservation de la fertilité : c'est-à-dire lorsque la fertilité risque d'être altérée de façon prématurée (avant 40 ans). Dans ce cas, la vitrification des ovocytes est autorisée lors d'une pathologie avérée. "Dans 85 % des cas, il s'agit d'une patiente atteinte d'un cancer et devant subir un traitement (chimiothérapie, radiothérapie) potentiellement toxique pour l'appareil reproducteur (ovaires, cellules germinales donnant les ovocytes...). Dans 15 % des cas, il s'agit d'une patiente atteinte d'une maladie sévère, bien que non cancéreuse, comme une maladie inflammatoire chronique sévère (lupus érythémateux par exemple) ou hématologique chronique grave (dépranocytose par exemple)". 
  • d'un don d'ovocytes pour les donneuses sans enfant (nullipares). Si elles le souhaitent, elles peuvent autoconserver leurs ovocytes selon des règles strictes définies dans les textes de loi. "Elles ont la possibilité de congeler leurs ovocytes, sous réserve que la quantité prélevée soit suffisante (jusqu'à 5 ovocytes matures obtenus, tous les ovocytes sont destinés au don. Au-delà, des règles de répartition précises existent), la priorité étant donnée au don. Cette possibilité a été ouverte récemment, au début de l'année 2016", précise la spécialiste. "Des études montrent par ailleurs que ces donneuses ne sont pas très nombreuses à vouloir bénéficier de cette possibilité d'autoconserver une partie de leurs ovocytes ; leur motivation étant clairement le don", poursuit-elle. 
  • d'une fécondation in vitro pour soi-même. "Il peut arriver qu'au sein d'un couple, on ait fait un prélèvement ovocytaire, mais que le recueil de spermatozoïdes soit impossible ce jour-là. On peut alors proposer au couple de conserver les ovocytes prélevés le temps d'envisager une solution", explique le Dr Merlet. Et d'ajouter que "cela reste des situations exceptionnelles".   

Y a-t-il un âge limite de réimplantation de l'ovocyte ?

Quand on conserve des ovocytes, c'est en vue de réaliser ultérieurement une assistance médicale à la procréation (AMP). On rentre donc dans le cadre de la loi de l'accès à l'AMP, précisant qu'il faut avoir une infertilité médicalement diagnostiquée, être en couple hétérosexuel et en âge de procréer. "Bien qu'on manque de définition au niveau de la loi, cet âge limite pourrait être fixé à 60 ans pour l'homme et à 43 ans pour la femme. Une tolérance jusqu'à 45 ans est discutable en fonction de la situation de la femme, si elle est en bonne santé, bien informée et qu'elle dispose déjà d'embryons congelés", explique le médecin de l'Agence de la biomédecine. 

La vitrification ovocytaire : une naissance à coup sûr ? 

"Aucune des techniques d'assistance médicale à la procréation comme l'autoconservation des ovocytes n'est une solution magique. Ce n'est jamais une garantie de réussite de grossesse et il ne faut pas que ce soit un argument pour retarder un projet de grossesse, d'autant plus qu'on sait que la fertilité baisse progressivement à partir de 35 ans, et nettement après 40 ans. De plus, seule une infertilité pathologique avérée peut justifier ensuite de recourir à ses ovocytes autoconservés", insiste le Dr Merlet. Rappelons que cette technique n'assure pas d'avoir un bébé à 100 %. 

Quels sont les risques ?

On craint donc que la vitrification ovocytaire incite les femmes à démarrer une grossesse tardivement avec tous les risques maternels et fœtaux des grossesses tardives. Plus la femme est enceinte à un âge avancé, plus elle a de risques de faire un diabète gestationnel, une hypertension de grossesse qui peut conduire à une pré-éclampsie ou une éclampsie, une thrombose ou d'autres pathologies cardiovasculaires... L'enfant à venir a, quant à lui, des risques de présenter une hypotrophie ou un retard de croissance. Par ailleurs, les risques de fausse couche sont beaucoup plus fréquents après 40 ans. Cette augmentation des risques est progressive et est plus importante chez les femmes primipares.

"Il faut bien sûr informer les patientes de cette possibilité si elles sont dans une situation pour laquelle la vitrification des ovocytes est autorisée. Notamment, dans le cadre du Plan Cancer 2014-2019, l'Agence de la biomédecine œuvre pour un accès homogène sur tout le territoire français et pour effacer les disparités qu'il peut y avoir en France. Nous développons pour cela des outils d'information, particulièrement à destination des cancérologues, mais aussi des patientes susceptibles de recourir à ces techniques, et nous espérons développer des structures et des plateformes de préservation de la fertilité partout sur le territoire français", conclut Françoise Merlet. 

Congeler ses ovocytes : une procédure médicale en 3 temps 

  • Le premier rendez-vous permet d'étudier la situation de la patiente et ses chances de réussite ainsi que les risques présentés par la stimulation ovarienne et le prélèvement ovocytaire. Des tests médicaux comme une prise de sang, une échographie et des tests gynécologiques sont réalisés pour contrôler l'état de fertilité et la faisabilité de l'autoconservation ovocytaire. 
  • La stimulation ovarienne peut commencer, via des injections sous-cutanées quotidiennes pendant 9 à 10 jours (elle doit débuter le deuxième jour des règles), afin de booster la production et la maturation des ovocytes. Pour s'assurer du bon déroulement du traitement, 3 ou 4 prises de sang ou échographies peuvent être programmées.
  • Deux jours après la dernière échographie vient le moment de la ponction : il s'agit d'un prélèvement de plusieurs ovocytes sous anesthésie générale ou loco-régionale. Après une journée d'hospitalisation, la patiente peut rentrer chez elle. Les ovocytes sont ensuite congelés et conservés. 

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