Biopsie : déroulement et délais pour avoir les résultats

La biopsie est un examen consistant à prélever un tout petit morceau de tissu ou d'organe pour l'analyser afin d'établir ou de confirmer un diagnostic médical. Cet examen est fréquemment utilisé en cancérologie et trouve également des applications dans le diagnostic et le suivi de maladies affectant les reins, le foie ou encore les poumons…

Biopsie : déroulement et délais pour avoir les résultats
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Définition : qu'est-ce qu'une biopsie ?

La biopsie consiste à prélever une un petit morceau de tissu ou d'organe sur une zone d'intérêt, sur un point d'appel clinique ou radiologique (masse suspecte, etc). La biopsie peut être effectuée au moyen d'une aiguille, par endoscopie ou chirurgie classique sur différents types d'organes. Elle permet d'établir ou de confirmer un diagnostic de manière fiable par différentes méthodes d'analyses :

  • techniques histologiques,
  • immunohistochimie,
  • immunofluorescence,
  • biologie moléculaire...

La biopsie est très utilisée en cancérologie et dans l'étude de certaines maladies auto-immunes. Certaines maladies ne peuvent être diagnostiquées avec certitude que grâce à une biopsie.

Après le prélèvement, les biopsies sont rapidement acheminées au laboratoire d'anatomie pathologique, où elles sont fixées en formol pendant 12 à 24h, puis incluses dans des blocs de paraffine, coupées à une épaisseur de 3µm puis colorées, avant d'être analysées au microscope par un médecin pathologiste. Il ne faut pas la confondre avec l'analyse cytologique, qui consiste elle à analyser des cellules sans analyse de l'architecture tissulaire. Par exemple, le frottis cervico-vaginal utilisé pour le dépistage des cancers du col utérin.

Biopsie du rein 

La biopsie du rein est généralement proposée pour faire le diagnostic de la maladie rénale. C'est l'examen qui permet de confirmer le type d'atteinte rénale, d'adapter le traitement dans certains cas et de faire un pronostique éventuel sur la capacité du rein à se réparer. Trois techniques différentes existent :

  • La biopsie transcutanée, la plus courante qui consiste à passer à travers la peau.
  • La biopsie transjugulaire, réalisée dans certains centres, que l'on réserve lorsque la biopsie transcutanée est contre-indiquée (trouble de l'hémostase, prise d'antiagrégant/anticoagulant ne pouvant être arrêtée, rein unique)
  • La biopsie par voie chirurgicale, très rare.

Précautions. "La biopsie rénale dans les cas les plus simples (biopsie transcutanée) demande une hospitalisation de 24h dans un service de néphrologie" explique le Dr. Cornière et de mettre en garde : "Il est nécessaire d'arrêter toute prise d'antiagrégant plaquettaire (aspirine, AINS ou autre) dans les 10 jours qui précèdent l'examen et dans les dix jours suivants. Par ailleurs, votre pression artérielle ne doit pas être excessive et pourra reporter l'examen si elle est trop élevée".

Technique. A l'aide d'une aiguille creuse (appelé pistolet automatique), des morceaux de rein, généralement le gauche, sont prélevés. Pour cela, le patient est allongé sur le ventre. Cet examen nécessite un examen d'imagerie pour guider l'aiguille (le plus souvent l'échographie, parfois le TDM). Après anesthésie de la peau et de l'ensemble du trajet jusqu'au rein, parfois complété par une prise d'anxiolytique, une sédation légère voire de l'hypnose, le médecin introduit l'aiguille jusqu'au bord inférieur du rein gauche. Il déclenche alors un mécanisme situé au bout de l'aiguille, qui permettra le prélèvement d'un morceau de rein, du diamètre d'une spaghetti et de 1 à 2 cm de long. Généralement, plusieurs prélèvements sont requis.

Après la biopsie. "À la suite de l'examen, le patient devra rester allongé sur le dos pendant 24 heures et il devra uriner dans un récipient pour permettre la surveillance des urines et notamment vérifier l'absence de sang dans les urines (hématurie)." Par la suite, à la sortie d'hospitalisation, il est demandé d'éviter pendant 10 jours l'activité physique intense, la prise d'anticoagulant ou d'antiagrégant.

Biopsie du foie

Les biopsies du foie (biopsies hépatiques) peuvent être proposées dans trois cadres principaux :

  • Le diagnostic d'un nodule ou d'une masse suspecte pouvant être cancéreuse
  • Le diagnostic d'une maladie chronique du foie ou des voies biliaires, à la suite par exemple d'une perturbation de la fonction du foie qui peut avoir été dépistée par une prise de sang
  • Le  suivi après une greffe de foie, afin de détecter un éventuel rejet et d'adapter le traitement.

"Comme pour le rein, il est possible de réaliser des biopsies par voie transcutanée, par voie transjugulaire ou des biopsies chirurgicales." précise le Dr. Outh-Gauer

Biopsie mammaire

Les biopsies de sein ont toujours pour but de rechercher une lésion cancéreuse, qui peut avoir été suspectée cliniquement par palpation, auto-palpation ou dépistée sur une échographie et/ou une mammographie. "Les radiologues utilisent un score qui indique la probabilité que le nodule ou la masse soit cancéreuse, à partir des images vues sur la mammographie" explique le Dr. Outh-Gauer : il s'agit du score ACR, côté de 1 à 5. En général, la biopsie est proposée devant les lésions classées ACR4 ou ACR5 qui sont les plus inquiétantes, parfois ACR3.

Technique. Sous anesthésie locale et sous contrôle radiologique, un "pistolet" à biopsie est utilisé pour prélever 3 à 5 "carottes biopsiques" sur la lésion d'intérêt. Ce geste peut produire un claquement qui est assez impressionnant. "Il est possible qu'un "clip", c'est à dire une sorte d'agrafe, soit laissé en place pour permettre de repérer l'endroit qui a été biopsié." prévient le Dr. Outh-Gauer.  Certains hôpitaux proposent des hôpitaux de jour de dépistage du cancer du sein, où les biopsies sont prélevées le matin et où le compte-rendu est disponible en fin de journée ou à 24-48h. Une alternative à la biopsie est la ponction à l'aiguille fine, qui permet une analyse cytologique mais où l'architecture du tissu ne peut pas être étudiée.

Biopsie du poumon

Les biopsies du poumon sont surtout demandées pour la recherche de lésions cancéreuses, mais également, dans des cas plus rares, pour la recherche de maladies inflammatoires, infectieuses comme, par exemple, la tuberculose. L'abord biopsique est très dépendant de la localisation des lésions : périphérique proche de la paroi thoracique ou central, proche des bronches, diffus ou localisé à un seul secteur…

Technique. "Les biopsies peuvent être effectuées par voie transcutanée, au bloc opératoire ou par voie trans-bronchique (ce qui implique d'introduire un tube à travers le nez, la trachée et jusque dans les bronches". détaille le Dr. Outh-Gauer. Les modalités d'anesthésie dépendent de l'abord biopsique choisi. La biopsie peut également être guidée par scanner ou par échographie.

Biopsie du cerveau

L'indication de biopsie cérébrale est très majoritairement le diagnostic de tumeur. Elle est très rarement réalisée dans d'autres cadres (maladies inflammatoires, maladies infectieuses...). Elle peut être réalisée à l'aide d'un cadre de stéréotaxie, soit "à ciel ouvert" lors d'une intervention chirurgicale "classique". "Dans tous les cas, c'est un neurochirugien qui la réalise." précise le Dr. Forest.

Technique. Pour la biopsie stéréotaxique, un cadre métallique est fixé dans l'os du crâne, ce cadre permet de repérer au mieux la zone de biopsie grâce à une imagerie (scanner). Ce scanner est réalisé avec ce cadre pour bien repérer la zone de prélèvement. "Ce cadre peut être fixé sans anesthésie générale" explique le Dr Forest : "seuls la peau, l'os et la méninge sont innervés sensitivement. Le cerveau lui-même n'a pas de nerf sensitif douloureux, le prélèvement lui-même est indolore". Le risque est majoritairement celui de saignement au sein du site de biopsie.

Le chirurgien peut demander un examen extemporané (qui donne un résultat en 20 min) pour s'assurer de la représentativité du prélèvement, c'est à dire vérifier qu'il prélève bien dans la zone d'intérêt à biopsier et que l'anatomo-pathologiste a suffisamment de matériel pour réaliser tous les examens complémentaires nécessaires.

Biopsie du trophoblaste (examen de grossesse)

Le trophoblaste est le nom donné au placenta pendant le premier trimestre de la grossesse. Cette biopsie consiste à prélever dessus des cellules appartenant au fœtus pour analyser en détail ses chromosomes. Pour ce faire, les cellules une fois prélevées sont amenées au laboratoire qui les mettra en culture afin d'en avoir suffisamment pour faire les analyses nécessaires. Ce prélèvement est fait quand il y a une suspicion d'anomalies génétiques pour la grossesse en cours : trisomie 21, mucoviscidose ou autre

Technique. "Le geste ressemble beaucoup à l'amniocentèse mais a l'avantage de pouvoir être fait plus tôt au cours de la grossesse, entre 11 et 14 semaines d'aménorrhée, alors que l'amniocentèse se fait habituellement à partir de 16 semaines d'aménorrhée" explique le Dr Maatouk. Ces deux gestes ont le même risque de fausse-couche, estimé actuellement à 1/1000.

Selon les hôpitaux, le geste est effectué soit dans un bloc opératoire soit dans une salle dédiée, mais toujours dans le respect des règles de stérilité afin d'éviter les infections. En fonction des habitudes de l'opérateur, une anesthésie locale peut être réalisée, uniquement au niveau de la peau. "Le geste est légèrement douloureux mais pas au point de nécessiter une anesthésie générale, rassure le Dr Maatouk : "les patientes le comparant souvent à la douleur d'une prise de sang."

Le prélèvement est réalisé sous contrôle échographique continue afin de voir en permanence l'aiguille et ne pas "piquer" le foetus. Une fois les cellules prélevées, elles sont placées dans un milieu de culture et amenées au laboratoire.

Après l'examen. Il est conseillé de rester au calme pendant quelques jours après le prélèvement mais tout en vivant normalement et de consulter en cas de perte de sang ou de liquide. Le résultat est généralement disponible au bout de trois semaines en moyenne (le temps de culture des cellules est un temps incompressible).

Inconvénients. "La biopsie de trophoblaste comporte deux inconvénients, prévient le Dr Maatouk. Le trophoblaste n'est pas toujours accessible, et il arrive parfois, même si le prélèvement s'est bien passé, que les cellules prélevées ne poussent pas en culture. Il faudra alors renouveler la biopsie, généralement en faisant fois une amniocentèse".

Biopsie du col de l'utérus

La biopsie du col de l'utérus est réalisée dans le cadre du dépistage du cancer du col de l'utérus lorsqu'une anomalie a été détectée sur le frottis cervico-utérin. Elle est effectuée au cours d'un examen appelé colposcopie, où comme pour un examen gynécologique classique, le col de l'utérus est visualisé grâce à l'introduction d'un spéculum.

Technique. "Le col de l'utérus est badigeonné d'un réactif qui permet de mieux visualiser les zones anormales" explique le Dr. Outh-Gauer "Celles-ci qui pourront alors être regardées avec une loupe grossissante et éventuellement être biopsiées." Les biopsies permettent de visualiser d'éventuelles lésions précancéreuses (classées des moins graves aux plus graves CIN 1 à 3), des lésions cancéreuses et de rechercher la présence de papillomavirus humain (HPV).

Biopsie de l'endomètre

La biopsie de l'endomètre est demandée dans deux cadres :

  • la recherche de lésions cancéreuses sur un point d'appel clinique comme des saignements anormaux (méno- ou métrorragies),
  • lors d'un bilan d'infertilité.

Elle est réalisée par voie endoscopique, en introduisant une canule dans l'utérus via le vagin et le col de l'utérus.

Biopsie osseuse

La biopsie osseuse est demandée dans 3 contextes :

  • La recherche de lésions cancéreuses d'organes ayant métastasé dans les os,
  • La recherche d'infections chroniques comme la tuberculose,
  • La  recherche de maladies du sang (leucémies, lymphomes, anomalies de production des globules rouges et des globules blancs…).

Pour le diagnostic de métastase ou d'infection, la biopsie est réalisée à l'endroit où une image anormale est visualisée en scanner, en IRM… Pour les maladies du sang, on prélève de la moelle osseuse qui est le siège de la fabrication des globules rouges, des globules blancs et des plaquettes. Deux sites sont possibles : l'épine iliaque postérieure ou antérieure, au niveau du bassin, ou le sternum. Ces gestes se font habituellement sous anesthésie locale. "Cette biopsie peut être complétée par un myélogramme, qui est un prélèvement de moelle osseuse avec analyse cytologique" précise le Dr. Outh-Gauer.

Biopsie de l'estomac

Le cadre principal est celui de la recherche de lésions de gastrite, devant des symptômes comme des brûlures d'estomac, des ulcères, des reflux. "On recherche la bactérie responsable : Helicobacter pylori, qui pourra être traité" par une cure d'antibiotiques" explique le Dr. Outh-Gauer. Plus rarement, on peut rechercher des lésions cancéreuses de la même façon.

Technique. Cette biopsie est réalisée au cours d'une endoscopie haute, avec introduction d'un tube avec une caméra dans la bouche, l'oesophage, l'estomac, le duodénum, deux ou trois séries de biopsies dans les différentes zones de l'estomac : le fundus, l'antre, plus ou moins dans le duodénum. La caméra permet de cibler les biopsies sur les zones les plus suspectes. Le geste est le plus souvent réalisé sous anesthésie générale, en ambulatoire.

Quels délais pour avoir les résultats après une biopsie ?

Le délai de résultat est compris entre quelques heures pour les cas les plus urgents et une à trois semaines.

Merci aux Dr. Sophie Outh-Gauer et Fabien Forest, anapathologistes, au Dr. Nicolas Cornière, néphrologue et au Dr. Alexis Maatouk, gynécologue-obstétricien pour leurs précisions.

Biopsie : déroulement et délais pour avoir les résultats
Biopsie : déroulement et délais pour avoir les résultats

Sommaire Définition : une biopsie, c'est quoi ? Biopsie du rein Biopsie du foie Biopsie mammaire Biopsie du poumon Biopsie du cerveau Biopsie du trophoblaste Biopsie du col de l'utérus Biopsie de l'endomètre ...