Grippe A : ce qu'il faut savoir avant de se faire vacciner Vacciner pour éviter des formes sévères

Lors d'une conférence de presse organisée par le ministère de la Santé, trois experts se sont exprimés autour de la vaccination contre la grippe A, en particulier pour les nourrissons âgés de 6 à 23 mois.

Pour les trois experts, le même son de cloche : l'épidémie de grippe A est bien là et elle risque de s'intensifier. Le Dr Jean-Marie Cohen, coordinateur national du réseau des Grog (Groupes régionaux d'observation de la grippe) a expliqué que malgré les vacances scolaires de la Toussaint, le nombre de cas de grippe A augmente partout en France. Dans les grandes villes, le virus grippal pandémique prend le pas sur les virus respiratoires saisonniers. "Pour le moment, le nombre de cas de grippe est assez stable et ce n'est pas encore l'émeute dans les salles d'attente des médecins mais le nombre de cas va augmenter, nous sommes au début d'une vague pandémique" a-t-il précisé.

Le seuil a été dépassé en réanimation pédiatrique.

Témoin direct de l'épidémie, le Professeur Gérard Chéron, Chef de service aux urgences de l'Hôpital Necker à Paris a exprimé sa vive inquiétude. Pendant la deuxième quinzaine d'octobre, l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) a vu l'activité des urgences pédiatriques augmenter de 80 % par rapport à la moyenne des quatre ou cinq dernières années. Par ailleurs, le dimanche 8 novembre, la grippe représentant 16 % des hospitalisation en réanimation pédiatrique, dépassant ainsi un seuil (fixé à 15 %) qui nécessite de déprogrammer des actes médicaux et thérapeutiques pour libérer des lits et ainsi donner la priorité à la prise en charge des infections graves.

Plus de formes sévères et un virus qui se transmet plus vite

Les experts ont d'ailleurs expliqué que l'on observe davantage de malades jeunes (<65 ans) sans facteurs de risque et plus de syndromes de détresse respiratoire de l'adulte conduisant des patients en réanimation. Dans son service des urgences pédiatriques, Gérard Chéron a ainsi admis des enfants atteints de formes graves de la grippe, nécessitant le recours à une ventilation respiratoire, avec dans 15 % à 20 % des cas la mise en place d'une oxygénation extracorporelle pendant deux à trois semaines parce que leurs poumons n'étaient plus fonctionnels. Il a également fait part des complications sévères de cette grippe, qui laissent des cicatrices et des séquelles respiratoires, parfois même neurologiques du fait que le virus grippal est neurotrope donc qu'il peut s'installer dans le système nerveux.

Globalement, "le pourcentage de formes compliquées est pour l'instant inférieur à celui que l'on a pour la grippe saisonnière mais leur sévérité est plus importante. De plus, le virus se transmet plus facilement : 1 personne qui a la grippe saisonnière peut en contaminer 1,2 alors qu'avec la grippe A, ce risque passe à 1,6. On risque donc d'avoir un plus grand nombre de personnes grippées", a expliqué le Dr Cohen du réseau des Grog.

Un enfant peut faire une forme sévère, même s'il n'a pas de facteur de risque.

Les trois experts ont donc tous rappelé à quel point la vaccination est nécessaire, en particulier pour l'entourage des nourrissons de moins de 6 mois, pour les nourrissons entre 6 et 23 mois avec facteurs de risques et pour les femmes enceintes, en précisant que dans ces deux derniers cas, c'est le vaccin sans adjuvant qui leur sera proposé très prochainement. Mais ils ont également insisté pour dire que la vaccination sera d'autant plus efficace qu'un grand nombre de personne sera vacciné. Comme l'a rappelé le Catherine Weil-Olivier, professeur de pédiatrie à l'Université Paris 7 et membre du Comité national de lutte contre la grippe, la vaccination a deux objectifs. "Elle permet d'éviter les formes graves et elle limite le potentiel de diffusion du virus dans toute la population." Elle a également expliqué qu'on ne peut pas distinguer à l'avance les enfants qui feront une forme grave ou pas, même chez des enfants sans facteurs de risque.

Enfin, en qui concerne un potentiel danger de ce vaccin, les experts là aussi, ont été unanimes. Pour Jean-Marie Cohen "les adjuvants ne sont pas dangereux, c'est la grippe qui est dangereuse. Le vaccin a bien été évalué, selon la procédure habituelle, comme pour le vaccin contre la grippe saisonnière."

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